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| L'évolution de la luminosité nocturne en France et en Europe, de 1992 à 2010. Photos : European Spatial Agency. |
Près de 75% de l'hexagone est soumis à une pollution lumineuse nocturne. Celle-ci affecte significativement tous les écosystèmes, et plus particulièrement les écosystèmes nocturnes. De nombreuses fonctions vitales (migration, reproduction, chasse, pousse des végétaux et synchronisations...) sont perturbées par l'éclairage, en terme d'intensité, mais également en terme de durée. Ces impacts se retrouvent par ailleurs chez l'homme, au delà de la simple gêne : risques accrus de certains cancers, de l'obésité, de troubles mentaux...
Il est donc essentiel de maîtriser l'éclairage et d'en diminuer l'impact autant que possible, dans un équilibre avec les impératifs sécuritaires.
Le but de ce travail réalisé en 2026 visait donc à établir une stratégie d'éclairage extérieur compatible Biodiversité, avec limitation des nuisances lumineuses, dont est sortie la note suivante, applicable sur la Step de Port Barois mais pouvant tout à fait être adaptée à la majorité des espaces publics, en fonction des autres catégories présentées dans l'arrêté du 27/12/2018.
Note : Mise en conformité réglementaire et réduction des nuisances lumineuses sur la STEP
Bibliographie indicative et sources de travail.
- Arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, online (gouv.fr)
- Trame noire : méthodes d'élaboration et outils pour sa mise en oeuvre. Sordello R., Paquier F., Daloz A. (2021), online (OFB)
- Webinaire Sobriété lumineuse et biodiversité avec la trame noire - F. Paquier (OFB ; 2025). online
1. Contexte général
Les bâtiments publics nécessitent généralement un éclairage extérieur pour assurer la sécurité des biens et des personnes, employés ou citoyens, la circulation et les interventions. Ces éclairages font l'objet de débats, notamment parce qu'ils impactent les animaux, qu'ils soient ou non nocturnes, mais également les plantes.
La réglementation française relative à la prévention des nuisances lumineuses (arrêté du 27 décembre 2018, applicable au Code de l’Environnement) impose ainsi des exigences techniques et temporelles strictes concernant les installations d’éclairage, notamment à proximité de milieux aquatiques sensibles.
L’objectif de cette note est de définir une stratégie d’éclairage extérieur qui :
- respecte les obligations réglementaires,
- limite l’impact sur la biodiversité nocturne (insectes, chauves-souris, amphibiens...),
- assure la sécurité et le confort du personnel et des citoyens,
- réduit les consommations énergétiques.
2. Cadre réglementaire applicable
Les installations d’éclairage des bâtiments publics sont concernées par plusieurs catégories de l’arrêté du 27/12/2018 :
- Catégorie a : éclairages utilisés pour l’exercice d’une activité dans un espace extérieur clos non couvert,
- Catégorie d : éclairage des bâtiments non résidentiels,
- Catégorie e : éclairage des parkings extérieurs associés.
Ces catégories renseignent sur les principales obligations :
2.1. Les exigences temporelles
- Extinction automatique des éclairages extérieurs 1 h après la fin de l’activité (catégorie a).
- Extinction des parkings 2 h après la fin de l’activité.
- Rallumage au plus tôt à 7 h ou 1 h avant le début d’activité.
2.2. Exigences techniques
- Température de couleur ≤ 3000 K (objectif biodiversité : 2200–2700 K).
- Flux lumineux dirigé vers le bas à plus de 95 % (optique “full cut-off”).
- Respect des densités maximales de flux lumineux (lm/m²) selon les zones (voirie interne, parkings, façades).
- Interdiction d’éclairer directement les milieux aquatiques : bassins, fossés, canaux, cours d’eau.
- Un registre des luminaires doit être tenu à jour : caractéristiques photométriques, puissance, date de pose, réglages.
3. Les enjeux écologiques locaux
Les milieux aquatiques présents sur et autour d’une STEP accueillent une biodiversité nocturne sensible :
- insectes attirés par les spectres bleus des LED classiques, désorientés, voire brûlés
- chauves-souris utilisant les corridors sombres des berges, bloquées par la lumière
- amphibiens perturbés par l’éclairage continu.
L’éclairage mal orienté peut ainsi entraîner :
- une mortalité directe d’insectes,
- la fragmentation des déplacements de la faune,
- la perturbation de la reproduction et des comportements alimentaires.
Une approche “trame noire” s’impose : limiter les zones éclairées au strict nécessaire et préserver des continuités sombres autour des milieux naturels, et entre eux (couloirs sombres permettant aux animaux de se déplacer en sécurité).
4. Stratégie retenue pour la STEP
4.1. Principes généraux
- La priorité va bien évidemment à la sécurité des opérateurs et à la qualité des interventions nocturnes. Cependant,
- l'éclairage doit être réduit au minimum fonctionnel, strictement orienté vers les zones de circulation ou de travail.
- nous devons viser la préservation d’un périmètre sombre autour des bassins et du milieu récepteur.
4.2. Typologie des luminaires
- LED 2200–2700 K (CCT ≤ 3000 K réglementaire).
- Optiques asymétriques limitant le flux au-dessus de l’horizontale.
- Candélabres 3–4 m pour les cheminements ;
- 4–6 m pour les parkings si nécessaires, mais limitation de la hauteur lorsque possible.
- Projecteurs uniquement si indispensables, équipés de visières limitant l’éblouissement.
4.3. Implantation
- Aucun luminaire dirigé vers les bassins, le plan d’eau voisin ou le fossé.
- Orientation vers le sol et vers l’intérieur du site.
- Pas d’éclairage architectural ou décoratif.
4.4. Gestion intelligente
- Horloge astronomique pour l’extinction obligatoire.
- Détecteurs de présence pour les zones de faible passage (cheminements, local technique, zones de maintenance).
- Gradation : lumière réduite à 10–20 % en veille, pleine puissance uniquement lors du passage d’un opérateur.
- Circuits d’éclairage séparés :
- Sécurité minimale (astreinte)
- Exploitation (journée et interventions programmées)
4.5. Conformité et suivi
- Mise à jour du registre des luminaires (fiche technique, photométrie, réglages).
- Vérification post-installation :
- mesures luxmétriques,
- absence de halos visibles depuis les milieux naturels voisins,
- ajustements éventuels (orientation, puissance, horaires).
5. Actions prévues / planning
Pour chaque action, désigner un responsable et une échéance :
- Inventaire des luminaires existants Technicien métrologue / exploitation
- Vérification des conformités réglementaires
- Choix des nouveaux luminaires / consultation fournisseurs
- Installation + paramétrage horloges/détecteurs
- Mesures nocturnes de contrôle
- Mise à jour du registre
6. Conclusion
Cette stratégie d’éclairage vise à garantir un équilibre entre sécurité opérationnelle et préservation de la biodiversité.
Elle assure également la conformité réglementaire de la STEP vis-à-vis de l’arrêté du 27/12/2018 et contribue à la réduction des consommations énergétiques.
L’approche retenue s’inscrit dans une logique de trame noire, aujourd’hui encouragée par l’OFB, le Cerema et les politiques publiques de transition écologique.
Elle permettra d’améliorer durablement l’intégration environnementale du site tout en sécurisant les agents.
